Je vois que les avis concernant les commentaires de peintures restent mitigés. Une amie m'a fait part de ses impressions à ce sujet. Elle m'expliquait que trop expliquer une oeuvre lui faisait perdre une grande part de son mystère auprès des spectateurs et influençait leur jugement. Elle n'a pas tort dans un sens, moi-même j'ai longtemps réfléchi sur la question mais il m'a été difficile de trancher, et ce pour de multiples raisons:
Tout d'abord, je me trouve dans l'incapacité de satisfaire tout le monde. Car nombre de mes amis et visiteurs m'ont fait part de leur enthousiasme par rapport aux explications sur les éléments picturaux, les choix artistiques..Etc. Au fond, c'est aussi cela la vocation de ce site: montrer, expliquer, échanger...etc.
Je propose donc à certains visiteurs de faire un choix: soit ils décident de ne regarder la peinture et de faire fi du texte accompagnateur. Soit ils le lisent après avoir observé l'oeuvre afin de disposer d'éléments de réponse supplémentaires.
Je tiens à ajouter que si mes explications sont souvent "poussées", elles ne sont pas pour autant exhaustives. Il y aura toujours des sens cachés, sous-jacents dans une oeuvre, et chacun selon sa sensibilité, son vécu, son sens critique, saura attribuer aux images un sens personnel. Ma vision artistique n'est pas complète, elle s'enrichit aussi de points de vue extérieurs. Il est, à ce propos, possible qu'en tant qu'artiste, certains symboles ou significations m'échappent au moment où j'en fais la représentation. L'art est par essence irrationnel. C'est d'ailleurs ce qui fait son charme et sans doute la fascination qu'il exerce autant chez l'artiste que chez l'amateur.
La dimension analytique de mes commentaires ne doit pas entraver la liberté intuitive, émotionnelle et sentimentale du spectateur. Elle lui apporte des explications mais ne remplace pas la perception individuelle.
Commentaire de "Disparition":
Cette petite peinture est une allégorie de la souffrance de l'artiste mais aussi "de la perte de soi". L'artiste qui peint se lance toujours dans une aventure dont l'issue reste incertaine. Il peut en sortir grandi ou au contraire, s'autodétruire. L'art n'a pas de demi-mesure. C'est un choix de vie. Un choix de conscience et un engagement total de soi. La présence d'une oreille coupée au centre de la peinture est un clin d'oeil volontaire à Van Gogh qui, comme on le sait, avait coupé son oreille dans un moment de "folie" mais surtout de détresse... Les versions et les mythes ne manquent pas sur cet épisode sordide de sa vie. Mais j'ai retenu la version officielle: Van gogh qui travaillait à Arles avec son ami peintre Paul Gauguin, ne supporta pas l'idée que cet homme , ce complice, cet "ami" tire un trait sur leur association. C'est alors que rejoignant Gauguin à la gare, Van Gogh, perdu et désespéré, ou peut-être sous l'effet de l'absinthe dont il abusait quotidiennement, menaça le "traître" d'un rasoir. Toujours est-il qu'après avoir pris conscience de la gravité de son intention vindicative, Van Gogh fit pénitence en se coupant l'oreille (d'aucuns parlent du lobe). C'était une façon pour lui de se racheter, d'expier ses mauvaises pulsions d'idéaliste blessé. Lui qui avait un si grand coeur, ne put tolérer ses propres envies meurtrières et préféra retourner sa fureur et sa détresse contre lui-même. Bien entendu c'est l'une des innombrables versions que l'on entend autour de cette légendaire automutilation qui donna naissance à son célèbre tableau « l'homme à l'oreille coupée » . Rien ne nous dit cependant qu'elle soit entièrement véridique car la vie des artistes maudits a de tous temps été romancée. Mais cette version me semble la plus plausible compte tenu du légendaire esprit tourmenté et de l'humanité indéniable de Van Gogh.
Dans ma peinture, cette « oreille retrouvée » coïncide avec « la disparition tragique » du peintre. Elle est le symbole de son sacrifice, l'une des dérisoires traces de son passage parmi les hommes. Il se perd dans les marées de l'oubli, absorbé par une créature symbolisant ses démons, ses chimères et ses vices.
L'idée de fatalité est prédominante dans cette peinture. Et le clou symbolique est délibérément enfoncé. Les traces de sang sur le verre et sur la palette indiquent son implication funeste et autopunitive dans son accomplissement artistique. « La porte » revêt une dimension surréaliste et même absurde puisqu'elle ne sert ni à protéger ni à accéder à l'intérieur d'un espace fermé. Le seul huis clos qui existe est celui dans lequel le peintre vit avec ses démons. Toutes les portes qu'il ouvre le mènent à une fin inéluctablement tragique.
Chady