Il est des jours moroses oú l'on est peu amène, oú l'on voudrait que le temps s'arrête pendant au moins quelques heures, oú l'on prierait volontiers pour que son monde soit oublié du monde. Mais c'est encore trop demander au destin capricieux.
On s'enferme alors dans son égoïsme à l'aigre parfum de mélancolie. Mais le chagrin ne respecte jamais ce repos diurne, il n'a que faire de l'égoïsme, du dépit, du vice ou de la vertu. Il s'invite toujours à l'improviste pour nous donner des nouvelles des autres. Et quelles nouvelles ! De celles qui résonnent comme un éclat de verre recouvrant notre âme de brisures de vie éparpillées. Un son tranchant et implacable qui transperce le c½ur et rendrait presque vertueux notre égoïsme le plus viscéral.
Hier mon chagrin tranchant, ma tristesse aiguë, mes larmes pointues s'appelaient « Lina ».
Lina El Makki. Une femme adorable et admirable, artiste plasticienne libanaise, qui vivait entre Paris et Dakar oú elle venait se ressourcer auprès des siens, de ses amis, de ses racines.
Elle nous faisait sporadiquement l'honneur de ses visites chaque fois qu'elle s'évadait pendant quelques semaines ou de courts mois de sa vie parisienne pour retrouver un peu de chaleur sénégalaise. C'était une femme toute en finesse, noblesse et retenue. Elle avait un visage de madone marqué par la fatigue et une souffrance enfouie mais toujours vive.
Je me rappellerai de nos riches mais trop courts échanges bercés par sa douceur et par une grande estime réciproque, d'artiste à artiste, d'humain à humain, de c½ur à coeur.
Dans les yeux de Lina, on pouvait lire une vie de joies courtes mais pleines, et de grandes souffrances sourdes. Les douleurs et les regrets d'une femme courageuse, surmontés parfois dans le sage renoncement, mais toujours dans la pudeur et l'abnégation.
Je garderai d'elle, jusqu'à la fin de mes jours, le souvenir d'une femme frêle à l'amitié solide et à la profonde humanité. Une âme fragile, blanche, digne et aimante mâtinée d'une vraie sensibilité d'artiste, telle une perle de rosée sur un jasmin diaphane.
Lors de ses visites, nous parlions de culture et d'art. C'était un pur plaisir de discuter avec cette femme raffinée, cultivée et simple. Mon travail, ma passion et ma jeunesse l'enthousiasmaient et elle m'encourageait avec un regard critique et toujours bienveillant. Elle me tenait au courant des dernières tendances artistiques parisiennes et me répétait « quand est-ce que tu vas t'y mettre ? ».
La dernière fois que je l'ai vue, c'était il y a quelques mois. Elle était venue chez nous un après-midi, portant à bout de bras une pile de beaux et anciens livres de peinture qu'elle tenait à me prêter. Essoufflée mais contente, ce petit bout de femme amaigri par ses nombreux problèmes de santé, me dit de sa voix fine et douce : « Tiens Chady, c'est pour toi, garde-les, je sais que tu en feras bon usage et qu'ils te serviront plus qu'à moi ». Il était convenu qu'elle les récupèrerait à son retour au sénégal. Elle n'était pas pressée. Avait-elle le sentiment que nous ne nous reverrions peut-être pas ? Etait-ce un cadeau d'adieu? Décharnée, elle n'était déjà plus que l'ombre d'elle-même, même si son sourire radieux dissipait légèrement l'inquiétude autour d'elle. « Garde-les aussi longtemps que tu le souhaites, chez moi ils prennent la poussière » ajouta t-elle avant de repartir, toujours avec le sourire. Ce fut notre dernier échange. Ma dernière image d'elle.
Elle n'aura pas eu le temps de récupérer ses livres. Avant-hier je feuilletais l'un d'eux et fus pris d'une intense émotion en lisant une petite et tendre dédicace sur la première page. Je resterai le gardien de ce petit témoignage du coeur. La trace d'une femme qui a aimé et qui n'aura reçu dans sa courte vie tout l'amour qu'elle méritait. Une femme de valeur parmi tant d'autres âmes en souffrance.
Déchiré, j'ai appris sa disparition hier dans l'après midi.
Elle nous a quitté des suites d'une longue maladie. Depuis des semaines, elle souffrait m'at-on dit, et épuisée par ses traitements, demanda qu'on la laissât à son destin.
Elle souhaitait partir dignement, sans résistance.
Son âme s'en est allée, et je le souhaite, enfin délivrée et apaisée. Elle a emporté avec elle son sourire, sa gentillesse et cette modestie si touchante. De nombreuses paroles me resteront, parmi lesquelles ces quelques mots, entre voeu pieux et mot d'ordre, qui revenaient souvent : «il faut que tu exposes Chady ».
Lina, si un jour j'ai le bonheur et la chance d'exposer, je le ferai en ton nom, au nom de tous les tiens et de tes amis qui t'ont aimée.
Je ne t'oublierai jamais Lina
nb:Je remercie chaleureusement Maya de m'avoir gentiment envoyé des photos de sa chère maman. Mes pensées, ma sympathie vont une nouvelle fois à toute la famille éplorée de Lina.
Voici un an que Lina s'en est allée mais elle continue d'être une source d'inspiration pour ceux qui l'ont aimée. A quelques jours de l'exposition hommage que ses proches lui consacrent à Paris, je voudrais leur exprimer toute ma sympathie et mes regrets de manquer de peu cet événement.
Mes tendres pensées accompagnent sa fille, sa mère, ses frères et nièces.
Puisse le souvenir impérissable de sa vie et de son oeuvre servir d'aiguillon à ceux qui l'ont connue, aimée et ont eu le privilège de travailler avec elle.
Lina, tu es plus que jamais dans nos coeurs...
On s'enferme alors dans son égoïsme à l'aigre parfum de mélancolie. Mais le chagrin ne respecte jamais ce repos diurne, il n'a que faire de l'égoïsme, du dépit, du vice ou de la vertu. Il s'invite toujours à l'improviste pour nous donner des nouvelles des autres. Et quelles nouvelles ! De celles qui résonnent comme un éclat de verre recouvrant notre âme de brisures de vie éparpillées. Un son tranchant et implacable qui transperce le c½ur et rendrait presque vertueux notre égoïsme le plus viscéral.
Hier mon chagrin tranchant, ma tristesse aiguë, mes larmes pointues s'appelaient « Lina ».
Lina El Makki. Une femme adorable et admirable, artiste plasticienne libanaise, qui vivait entre Paris et Dakar oú elle venait se ressourcer auprès des siens, de ses amis, de ses racines.
Elle nous faisait sporadiquement l'honneur de ses visites chaque fois qu'elle s'évadait pendant quelques semaines ou de courts mois de sa vie parisienne pour retrouver un peu de chaleur sénégalaise. C'était une femme toute en finesse, noblesse et retenue. Elle avait un visage de madone marqué par la fatigue et une souffrance enfouie mais toujours vive.
Je me rappellerai de nos riches mais trop courts échanges bercés par sa douceur et par une grande estime réciproque, d'artiste à artiste, d'humain à humain, de c½ur à coeur.
Dans les yeux de Lina, on pouvait lire une vie de joies courtes mais pleines, et de grandes souffrances sourdes. Les douleurs et les regrets d'une femme courageuse, surmontés parfois dans le sage renoncement, mais toujours dans la pudeur et l'abnégation.
Je garderai d'elle, jusqu'à la fin de mes jours, le souvenir d'une femme frêle à l'amitié solide et à la profonde humanité. Une âme fragile, blanche, digne et aimante mâtinée d'une vraie sensibilité d'artiste, telle une perle de rosée sur un jasmin diaphane.
Lors de ses visites, nous parlions de culture et d'art. C'était un pur plaisir de discuter avec cette femme raffinée, cultivée et simple. Mon travail, ma passion et ma jeunesse l'enthousiasmaient et elle m'encourageait avec un regard critique et toujours bienveillant. Elle me tenait au courant des dernières tendances artistiques parisiennes et me répétait « quand est-ce que tu vas t'y mettre ? ».
La dernière fois que je l'ai vue, c'était il y a quelques mois. Elle était venue chez nous un après-midi, portant à bout de bras une pile de beaux et anciens livres de peinture qu'elle tenait à me prêter. Essoufflée mais contente, ce petit bout de femme amaigri par ses nombreux problèmes de santé, me dit de sa voix fine et douce : « Tiens Chady, c'est pour toi, garde-les, je sais que tu en feras bon usage et qu'ils te serviront plus qu'à moi ». Il était convenu qu'elle les récupèrerait à son retour au sénégal. Elle n'était pas pressée. Avait-elle le sentiment que nous ne nous reverrions peut-être pas ? Etait-ce un cadeau d'adieu? Décharnée, elle n'était déjà plus que l'ombre d'elle-même, même si son sourire radieux dissipait légèrement l'inquiétude autour d'elle. « Garde-les aussi longtemps que tu le souhaites, chez moi ils prennent la poussière » ajouta t-elle avant de repartir, toujours avec le sourire. Ce fut notre dernier échange. Ma dernière image d'elle.
Elle n'aura pas eu le temps de récupérer ses livres. Avant-hier je feuilletais l'un d'eux et fus pris d'une intense émotion en lisant une petite et tendre dédicace sur la première page. Je resterai le gardien de ce petit témoignage du coeur. La trace d'une femme qui a aimé et qui n'aura reçu dans sa courte vie tout l'amour qu'elle méritait. Une femme de valeur parmi tant d'autres âmes en souffrance.
Déchiré, j'ai appris sa disparition hier dans l'après midi.
Elle nous a quitté des suites d'une longue maladie. Depuis des semaines, elle souffrait m'at-on dit, et épuisée par ses traitements, demanda qu'on la laissât à son destin.
Elle souhaitait partir dignement, sans résistance.
Son âme s'en est allée, et je le souhaite, enfin délivrée et apaisée. Elle a emporté avec elle son sourire, sa gentillesse et cette modestie si touchante. De nombreuses paroles me resteront, parmi lesquelles ces quelques mots, entre voeu pieux et mot d'ordre, qui revenaient souvent : «il faut que tu exposes Chady ».
Lina, si un jour j'ai le bonheur et la chance d'exposer, je le ferai en ton nom, au nom de tous les tiens et de tes amis qui t'ont aimée.
Je ne t'oublierai jamais Lina
Chady
nb:Je remercie chaleureusement Maya de m'avoir gentiment envoyé des photos de sa chère maman. Mes pensées, ma sympathie vont une nouvelle fois à toute la famille éplorée de Lina.
1 AN DEJA...
Voici un an que Lina s'en est allée mais elle continue d'être une source d'inspiration pour ceux qui l'ont aimée. A quelques jours de l'exposition hommage que ses proches lui consacrent à Paris, je voudrais leur exprimer toute ma sympathie et mes regrets de manquer de peu cet événement.
Mes tendres pensées accompagnent sa fille, sa mère, ses frères et nièces.
Puisse le souvenir impérissable de sa vie et de son oeuvre servir d'aiguillon à ceux qui l'ont connue, aimée et ont eu le privilège de travailler avec elle.
Lina, tu es plus que jamais dans nos coeurs...


