TECHNIQUES ET MATÉRIAUX

TECHNIQUES ET MATÉRIAUX
Je travaille essentiellement à l’huile depuis près de 5 ans. J’étais un inconditionnel du papier avant de découvrir les joies de la peinture sur toile.
Mes débuts furent très maladroits mais au fil du temps je découvrais l’extraordinaire potentiel de la peinture et les larges dimensions des toiles m’offraient alors une liberté sans égale.
J’ai d’abord commencé à peindre à l’acrylique car pour une première incursion dans la peinture, elle me semblait plus simple et commode à manipuler que l’huile.
Il s’agit d’un bon compromis pour ceux qui n’osent s’aventurer dans la peinture à l’huile, car l’acrylique offre des effets proches de l’huile (elle possède une densité et un éclat des couleurs appréciables) mais surtout, elle sèche relativement vite comparée à l’huile et c’est l’idéal pour ceux qui désirent travailler vite.
Par ailleurs, l’acrylique peut aussi bien être appliquée sur du papier, sur du bois ou sur de la toile de lin ou de coton. Bref, elle offre un large éventail d'usages. La peinture acrylique est une invention récente (apparue dans les années 30) alors que la peinture à l'huile daterait du 15ème siècle et serait l’invention du peintre flamand Jan Van Eyck.
L’acrylique ne nécessite d’autre médium que l’eau, ce qui la rend agréable pour ceux qui ne supportent pas l’odeur de l’huile et de l’essence de térébenthine.
Parmi les qualités de l’acrylique, on pourrait entre autres souligner sa prodigieuse résistance au temps et aux conditions climatiques extrêmes, des effets obtenus très proches de l’huile, sa rapidité de séchage, l’utilisation de l’eau qui est plus simple et moins contraignante que les médiums et autres liants utilisés pour l’huile.
L’huile pour sa part, peut paraître rebutante lors des premiers essais, mais très vite elle montre ses qualités. Pour ma part, elle demeure indétronable en terme de richesse chromatique, sa palette de nuances est plus riche que celle de l’acrylique (pour des raisons de propriétés chimiques et de pigments et qui ne peuvent être liés en acrylique).
Certes, elle impose l’usage d’un médium (à base d’huile et d’essence de térébenthine), mais en contrepartie elle permet des effets de lumière, de transparence et de relief inouïs. Elle récolte donc mes suffrages, même si je reconnais à l'acrylique des qualités certaines et mêmes des avantages sous certains aspects.

Matériaux utilisés:

Voici donc une liste des divers supports et matières utilisés dans mes travaux :

-Huile, acrylique sur toile ( individuellement car l'huile et l'acrylique ne doivent en aucun cas être mélangées, ce sont deux matières totalement incompatibles)
-Acrylique sur papier
-Gouache, aquarelle sur papier
-Encre de chine sur papier
-Crayons de couleurs sur papier

NB : pour certains de mes dessins j’utilisais une « technique mixte » (mêlant par exemple gouache, aquarelle, crayons de couleur et encre de chine). Le résultat peut être surprenant et vraiment esthétique si l’on y met un un tant soit peu du soin et de l'imagination.
Cependant il en est tout autrement pour les peintures sur toile, en effet, il est vivement déconseillé de mélanger peinture à l’huile et peinture acrylique sur une même surface, Ces peintures sont incompatibles du fait de leurs compositions chimiques respectives totalement différentes. Les effets peuvent être désastreux et provoquer des émanations toxiques même si des cas d’accidents n’ont jamais vraiment été révélés.
En définitive, mieux vaut donc peindre soit à l’huile, soit à l’acrylique mais ne jamais tenter de les mélanger. Chaque matière ( et matériau) impose un temps d'adaptation à l'usage, et il faut souvent beaucoup de persévérance pour parvenir à la maîtriser.
# Posté le mardi 22 juin 2004 06:39
Modifié le samedi 24 septembre 2005 12:07

De la conception de l'Art...

De la conception de l'Art...
Comme je le dis souvent, peindre n'est pas uniquement une simple question d'esthétique ou de technique, c'est aussi et surtout une question de tempérament et de personnalité.
Je ne suis pas d'accord avec les esprits « bien pensants » qui dictent des règles figées car la peinture est un mouvement permanent de l'esprit, où la liberté d'expression est la seule constante. Toutes les audaces sont les bienvenues. L'art doit avant tout se réinventer.

Certes, il y a des rudiments académiques qui nous donnent les moyens de concrétiser nos idées, de mieux servir notre désir d'expression et de communication de nos sentiments, mais une technique aussi aboutie soit elle ne garantie pas le charme et la puissance évocatrice d'une ½uvre. Et elle ne se substitue pas non plus à un déficit d'idées. ...
Un tableau d'une facture technique irréprochable ne sera pas forcément une oeuvre mémorable et marquante. Beauté et esthétique ne riment pas toujours avec chef-d'oeuvre.
Une oeuvre sincère est toujours porteuse d'un message et/ou d'une émotion réelle. Elle n'est pas un simple ensemble de traits, de formes et de couleurs. Elle doit être dotée d'une âme, d'un soupçon de vie qui fera toute la différence.
Cette force d'inspiration et de vie dépasse toute forme de rationalité. Tout au plus sera-t-elle ressentie par le spectateur si l'artiste parvient à insuffler à son oeuvre sa passion, son imagination et son authenticité.

Faire preuve d'audace et d'innovation sont autant de qualités qui rendent une oeuvre riche et fascinante.
La peinture est une forme d'expression de l'esprit mais surtout du coeur.
Il est certain que nous sommes tous comblés de joie lorsque notre travail est reconnu et apprécié. Mais plaire aux autres ne doit pas être une priorité pour l'artiste. L'argent et la gloire ne peuvent en aucun cas être considérés comme une motivation constructive dans le domaine des arts.

Cependant, faire de l'art un fond de commerce n'est pas négatif en soi, loin s'en faut.
Chaque artiste doit néanmoins être conscient des conséquences que la mercantilisation peut engendrer sur la qualité de son travail. En effet, entrer dans une logique de production intensive, dénuée de toute recherche et d'inspiration représente un danger pour l'artiste intègre et soucieux d'exercer son art avec une grande liberté de ton.
« L'art alimentaire » comme on le nomme souvent, non sans une pointe de mépris, a néanmoins inauguré une nouvelle conception de l'art, en l'intégrant en douceur au quotidien et dans les habitudes des consommateurs. Aujourd'hui un cadre moyen peut s'offrir une jolie toile à prix modique, avec des couleurs de son choix, parfaitement assorties à sa salle de séjour. Bien entendu, il ne s'agit nullement de porter un jugement d'une quelconque ironie sur cette forme d'art commercial.
Nombreux sont les peintres qui considèrent qu'ils sont des ouvriers ou artisans qui vendent leur savoir-faire et que tout travail mérite salaire. Ces derniers produisent abondamment et rapidement, travaillent sur commande. Je ne cherche nullement à porter un jugement éthique sur leur conception de l'art ni à en dénigrer la possible valeur artistique.
Certaines peintures de ce genre possèdent d'ailleurs un charme indéniable, caractérisées par une exécution très libre, stylisée et moderne qui se prête merveilleusement à la décoration d'intérieur.
Je ne confonds nullement art commercial avec art abstrait, amalgame souvent fait à tort ou a raison.
A chacun donc la liberté de concevoir la peinture selon ses goûts et son mode de vie.


L'on ne peint pas pour les autres, l'on peint pour assouvir un besoin, une passion qui nous anime. Si notre oeuvre plaît, c'est tant mieux mais cela ne doit pas être la motivation première de l'artiste, car elle peut compromettre la qualité et l'authenticité de son travail.
Beaucoup d'artistes suivent les courants et la mode, l'art en perd de sa personnalité, il s'enferme dans le conformisme et perd toute sa singularité.

Ne peignez pas comme Van Gogh si son style ne vous enthousiasme pas, ne peignez pas comme Renoir même si cela va plaire à quelques uns de vos amis. Peignez comme vous le sentez, mais sans renier l'héritage des maîtres qui nous ont précédé. C'est en s'intéressant à l'½uvre d'autrui que l'on apprend aussi à se découvrir et à trouver son identité artistique.
Qu'il s'agisse d'illustres références ou d'artistes inconnus, la gloire et la renommée ne permettent pas de mesurer la qualité réelle d'oeuvre ou d'un artiste. Les critères de jugement varient et rester fidèle à soi reste donc le meilleur conseil à suivre de peur de se perdre soi-même dans un dédale d'influences, d'opinions et d'attentes extérieures.
Votre motivation en commençant à peindre est de chercher le plaisir sans autre prétention que celle d'exprimer vos sentiments. Qu'il s'agisse de tristesse, de joie, de peur, peu importe, vous êtes libres de considérer l'art pour ce qu'il est : un exutoire, un moyen de sortir ce que vous avez à l'intérieur de vous-même.
Par la suite, si vous avez un goût prononcé et des prédispositions pour certains courants et styles picturaux, si vous êtes davantage orientés vers le figuratif que vers l'abstrait par exemple, c'est encore votre choix personnel.
De même que certains artistes explorent des directions différentes, d'autres préfèrent peindre les mêmes tableaux en tous temps. Ainsi, il n'est pas rare de voir un artiste ne
réaliser que des paysages et d'autres leur préférer les portraits. Tous les goûts sont dans la nature...et dans l'art.
# Posté le mardi 22 juin 2004 06:51
Modifié le jeudi 22 septembre 2005 17:22

L'Enfer-détail 2

L'Enfer-détail 2
L'enfer est désordre, l'enfer est discorde. Il est l'opposé de l'ordre, de la beauté et de la paix.
Le mal y fait règner sa laide et ténébreuse ombre, loin de l'incandescente lumière du jardin divin.
L'enfer est somme de tares, de déchets, d' aberrations, d'immondices, d'obcénités, et de débauche. Il est plus proche de notre monde que ne l'est le parfait Eden. Celui-là même qui fut destiné au Commencement à demeurer la plus merveilleuse des destinations.

J'ai traduit cette abjecte vision de l'enfer par l'absurde et contradictoire expression de corps partagés entre l'atrocité des tortures et le plaisir masochiste et malsain qu'ils en retirent.
Les damnés sont éternellement soumis à la souffrance, à tel point qu'elle devient une habitude et qu'ils s'en satisfont, la laissant devenir une part d'eux-mêmes.Les chairs s'entremêlent, se juxtaposent. l'intégrité corporelle n'existe plus, tout n'est qu'amas difforme, informe. Mélange dégradant et ardant. Putréfaction et déjections composent cette infâme nation.
Le regard exorbité de terreur et de douleur des châtiés contraste avec l'expression hallucinée et morbide des créatures dont la fonction est de souffrir tout en infligeant des supplices innommables. Il n'existe en enfer ni maîtres ni d'esclaves, ni bourreaux ni victimes. Les anges déchus valent les âmes maudites. L'enfer dépeint dans ce dessin instaure dans le mal et la souffrance une égalité des sorts qui n'existe pas dans le monde des vivants et qui se détache ostensiblement de la vision religieuse.
Dans ce lieu, il n'y a guère de distinction, de logique, de sens ou de direction. : le plaisir de la luxure se confond avec celui de la meurtrissure.
# Posté le mardi 22 juin 2004 07:08
Modifié le jeudi 19 juillet 2007 01:49

L'Enfer-détail 3 + "DISCUSSION SUR L'ENFER"

L'Enfer-détail 3 + "DISCUSSION SUR L'ENFER"
Un ami, Sébastien Dazy jeune biologiste français résidant à Londres me fait parfois l'honneur de certaines critiques et cela donne lieu à des discussions très intéressantes. Je l'en remercie d'ailleurs et lui rends un petit hommage ici. Son dernier mail à été l'occasion de discuter autour de la question de la symbolique de l'enfer, de la morale et de l'ordre.
Sébastien, ton point de vue intelligent, rationnel, ouvert et scientifique est toujours enrichissant car il est indéniable que l'art ne peut faire l'impasse sur les réalités de l'époque que nous vivons, ainsi que sur les nouveaux enjeux technologiques, éthiques et humains qu'elle soulève, ou encore l'évolution des mentalités et des croyances que ses mutations provoquent.
Voici donc l'extrait de son mail et de ma réponse-commentaire :

Sébastien:

"Je lis tout doucement ton travail et je me régale. Ton texte à propos
de la conception de l'art décrit si bien mon sentiment à propos du
métier de chercheur, tu as besoin d'acquérir de solides bases
méthodologiques et ensuite tu les utilises telles que les gammes pour
les musiciens, pour confirmer ou infirmer tes intuitions, sensations de
la réalité. Personnellement, je suis juste heureux lorsque j'ai
l'impression d'avoir appris un peu plus sur le monde. En tout cas
j'aime beaucoup les couleurs du joueur de guitare. Comment est ce tu
l'as nommé ?
Par contre le suivant à propos de l'enfer je l'ai trouvé surprenant et
intéressant. Ton commentaire m'a agacé (mais pas négativement), je
trouve trop réducteur le côté dual enfer/paradis, bien/mal, le monde de
mon point de vue n'est pas bien ou mal le monde est neutre, il devient
bien ou mal qu'à travers nos regards et nos actions d'hommes pétris de
préjugés et de schèmes mentaux engrangés dès notre enfance. Tu dis
l'enfer est désordre le paradis serait-il donc l'ordre ? Permet moi de
douter de la chose rien ne me fait plus froid dans le dos que l'ordre
extrême qui plaît tant aux dictateurs, aux régimes militaires. L'ordre
de s'accommode guère des esprits novateurs anticonformistes qui
cherchent avant tout à déroger à l'ordre préétablis. La vie est si je
puis dire est bordélique et l'intégrité corporelle ou sa désintégration
autrement dit la mort est elle même essentielle à la vie. "Rien ne se
perd rien ne se crée tout se transforme". Quant au paradis, je ne
l'aime pas plus car il infantilise et déresponsabilise l'homme de ses
actions. Ceci dit je te rassure de suite les valeurs de moralité ou
plutôt de dignité humaine véhiculée par les religions monothéistes me
semblent tout à fait valables mais faut-il véritablement avoir recours à
la religion pour posséder de telles valeurs humaines ? Je ne le pense
pas. Ah zut je m'enflamme pour une broutille en l'occurrence tes
quelques mots qui auront semblé anodins sans doute de ton point de vue
mais qui prennent une autre dimension dans mon point de vue ...
Vraiment ridicule de ma part ... Décidément ce n'est pas facile d'être
simplement humain et d'accepter ses limites d'être humain !!!
En tout cas même si je bondis sur place à ce commentaire sache qu'il
est poignant à lire et que je réagis ce qui est bien.
A bientôt j'espère et au moins tu as définitivement gagné un lecteur de
ton blog car tu es un sacré passionnant bonhomme !!! Et merci pour les
conseils pour débutant en peinture.
Sympathiquement


Chady:

Merci pour ton avis sur "l'enfer".
D'ailleurs je songe à placer ton avis sur ledit article, car il me donne réellement l'occasion d'expliquer cette vision plus en profondeur ( ce que je n'avais pas encore fait jusqu'à aujourd'hui) à travers une sorte de "discussion virtuelle par mails interposés" entre nous. Tu as raison sur plusieurs points dont j'ai pris acte, et que je ne n'ignorais pas totalement à l'époque de la conception de ce dessin un peu torturé. Merci encore de pointer des éléments de réflexion essentiels.
Ton point de vue rationnel et scientifique autorise une lecture plus large de certaines significations.
Je placerai donc ce pan de mail dans l'article avec ton identité si cela ne te dérange pas.

Je suis toujours prompt à m'opposer à tout schéma manichéen au quotidien. Le mal et le bien, à l'instar de l'enfer et le paradis, ne sont que des représentations morales et religieuses qui puisent leur fondement dans nos peurs les plus profondes et parfois les plus inavouées. Mais employées comme argument social et politique, elles en deviennent souvent arbitraires, sordides et déplacées. Et chacun aime affecter à l'autre les torts, les travers, le camp et la responsabilité du mal. Le jugement des hommes n'est jamais objectif, surtout en ce qui concerne la foi et les orientations spirituelles.
Le paradis et l'enfer ( sans polémiquer sur leur existence car ce n'est pas l'objectif de cet article) ne sont ( dans ce que les religions nous révèlent) qu'une somme de représentations physiques fondées sur des antagonismes simplistes ( opposition de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal, de l'eau et du feu, de ce qui procure du plaisir et de ce qui provoque la douleur)... La religion utilise des paraboles des plus simples aux plus complexes pour aider les hommes ( incluant aussi les plus "limités"d'entre eux) à se représenter mentalement des souffrances ou des bienfaits compris respectivement dans l'enfer et au paradis. L'exagération volontaire reste de mise, mais pour la bonne cause.
Il y a donc plusieurs niveaux de lecture du dogme religieux: la première lecture étant littérale et plus ou moins ordinaire et compréhensible par tous. La plus profonde étant abstraite (car les saintes écritures offrent aux croyants la possibilité par l'étude d'explorer plusieurs degrés d'abstraction). Les extrémistes les plus bornés, il va sans dire, ne s'arrêtent qu'à la première lecture: ils prennent tout au pied de la lettre, parce que cela est plus commode et va dans le sens de leurs actions les plus injustes et injustifiables.
Et ils perçoivent l'enfer comme un endroit ardent où de véritables flammes consument des corps en permanence. Ils excluent la possibilité que le feu ne soit qu'une métaphore de la souffrance psychologique.
Je te laisse donc imaginer la difficulté qu'une transposition ( bien que je préfère parler en art de " transfiguration") pose lorsqu'il s'agit de peindre ou dessiner l'enfer et le paradis.
C'est la raison pour laquelle j'ai représenté un enfer qui pas sans évoquer ceux qui sont dépeints dans les univers contemporains gothiques, "S.M", tourmentés et peuplés de cénobites, de succubes et d'autres personnages récurrents dans la littérature et le cinéma d'horreur. Un peu à la Clive Barker et son célèbre "Hellraiser".
Je ne me représente pas le diable comme une sorte de gobelin rouge à la queue fourchue. C'est trop enfantin et risible à mon goût.

Le diable est à l'origine un ange déchu, un 'être parfait,"de lumière" ( "Lucifer"). Invisible, il est dans l'air et il circule, il nous souffle nos mauvaises pensées. C'est l'image du diable la plus plausible et la plus réaliste selon moi. On aime donner au mal un visage hideux, lugubre et sombre, mais on est déconcerté à l'idée que le mal demeure surtout dans ce qui se présente à nous comme beau, attirant et souvent innocent. La perfidie est toujours là où l'on s'y attend le moins.
J'ai voulu éviter un tant soit peu les vieux poncifs religieux (bibliques et coraniques) car il ne s'agit ici nullement d'être fidèle à la description religieuse classique de l'enfer ( hormis dans l'évocation commune de la souffrance et des sévices). Je préfère penser l'enfer comme un gouffre et une prison immatérielle de l'âme mais il est toujours compliqué de le figurer artistiquement sans retomber dans une iconographie un peu simpliste de la souffrance et le châtiment. L'artiste se base sur ce qu'il voit autant que sur ce qu'il sent. On ressent le mal certes, mais on ne le représente qu'à travers ses conséquences visibles et matérielles. Un peu comme l'amour (rires)
Dans ma version de l'enfer, il n'y a pas de corps passant à la rôtissoire, de grosses flammes, des geysers de lave...etc. Il ressemble à un labyrinthe infernal, où tous les couloirs mènent à l'horreur et où l'esprit se trouve incarcéré ( la chair déchirée et broyée n'est en somme qu'une allusion à l'âme tourmentée).
Selon moi, le monde, et en l'occurence l'esprit humain, n'est pas (ou plus neutre). Il est pétri de références et il vit dans un tiraillement permanent entre le bien et le mal. Je ne considère pas ce tiraillement comme un "état neutre", puisque l'esprit oscille entre le bien et le mal, le mal et le bien: il monte et il descend sans cesse. Il ne se pose pas définitivement et ne peut pas non plus exister entre les deux états.
Le mouvement intellectuel est toujours subjectif, et le mouvement moral est toujours bon ou mauvais. Ce n'est pas comme une solution liquide qui serait soit basique, soit neutre, soit acide. Même les émotions et les instincts les plus primaires ne sont jamais neutres. Tout en nous est motivé, stimulé, avec ou sans la conscience de cet état de fait.
Nous sommes "stimulation". Le corps réagit même quand la conscience s'endort.
En outre, à partir du moment où l'esprit est conscient et moralisé, il ne peut être neutre ou espérer retrouver sa neutralité d'antan (et présumée). Nous ne sommes donc jamais neutres, même lorsque nous aimons bien le croire.
La neutralité impliquerait que l'homme social ne soit ni d'un côté ( le bien) ni d'un autre ( le mal). Or chaque acte, chaque choix, chaque mouvement (même l'immobilisme qui est pour moi un choix et donc un mouvement, une impulsion de l'esprit) ne peut être dépourvu d'une charge morale ou d'un sentiment bon ou mauvais qui le guide. Rien de ce que nous faisons ou pensons n'est neutre en définitive. Et si le monde réel, la société ne le sont pas ( neutres), alors comment à plus forte raison, leurs représentations le seraient-elles? L'ordre (tel que nous l'entendons au sens sociologique) ne signifie pas forcément le bien. D'ailleurs la création est peut-être ce que l'on peut appeler un "désordre ordonné". Si tu assimiles "l'ordre" à la "dictature de la pensée unique", à la "discipline tyrannique", alors comme toi je ne peux que m'y opposer. Il ne s'agit pas de devenir des moutons de panurge pour adhérer à un ordre ni d'uniformiser les pensées et les valeurs.
Je ne suis pas anarchiste pour autant. Je suis même opposé à cela. Toute chose ne peut exister ou perdurer sans normes. Elle naît des normes établies, et elle en fait apparaître à son tour.
Les normes et valeurs ainsi cumulées dans une certaine hiérarchisation et modèlement créent un Ordre (fondé sur/ et dirigeant une majorité l'ayant préalablement adopté.)

L'ordre social et moral quant à lui implique le respect de normes qui garantissent le bien-être de tous et le respect mutuel. L'anomie n'a jamais mené les hommes très loin... Je pense que dès le moment où l'on comprend et l'on adhère à ces normes, notre capacité de réflexion et d'innovation ne s'en trouve que mieux dirigée. Cela est valable dans tous les domaines, y compris les sciences. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".
Et notre conscience "d'être", "du bien et du mal", de "la justice et de l'injustice" est-elle incompatible avec l'ordre moral séculaire qui nous a été inculqué?
J'ai toujours assimilé l'ordre à une voie, une direction. Perfectible certes, mais dont le fondement ( ou substrat) demeure immuable et positif. À mon sens, le paradis promis par les religions ne déresponsabilise pas l'homme. Le paradis est aussi l'image d'un idéal sociétaire où l'homme peut tous les jours savourer le fruit de ses bonnes actions ( cela peut être assimilé à l'harmonie familiale, la réussite professionnelle, la qualité des relations humaines). Le paradis céleste ne doit pas être une fin en soi, mais un rappel à l'observance d'un comportement sain, propre et respectueux dans le monde dans lequel nous vivons.

Merci encore Sébastien pour ces échanges passionnants qui me permettent aussi de me remettre en cause et de réfléchir sur des choses dont on ne fait manifestement jamais le tour.
# Posté le mardi 22 juin 2004 07:10
Modifié le jeudi 19 juillet 2007 01:36

L'Enfer-détail 4

L'Enfer-détail 4
# Posté le mardi 22 juin 2004 07:11